Voilà bientôt 5 mois que suis officiellement réinscrit au "arbeitsamt". Chez vous, vous l'appelez Paul (Emploi).
Pour mon premier rendez-vous, j'avais voulu faire bonne figure. Quelques candidatures envoyés la veilles de ma convocation (et anti-datées pour donner l'impression que ça fait des semaines que je fais ça), un CV mis à jour (pour éviter qu'on m'envoie dans un camp de rééducation à l'écriture de CV), et je m'étais même lavé les dents, histoire d'avoir l'air de quelqu'un de bien.
Le rendez-vous a été plus facile et sympathique que prévu. Ma conseillère n'a même pas pris la peine de regarder mes candidatures, à refait le dossier complet que j'avais déjà rempli il y a un an avant de partir, et m'a expliqué comment chercher un boulot sur leur site. Super.
L'une des stratégies que j'avais préparé pour "plaire à ma conseillère", c'était de dire que je voulais devenir "indépendant", bosser à mon compte quoi. Pour bien comprendre cette stratégie, il faut revenir quelques années en arrière. En 2008 je crois, cette même administration qu'est l'arbeitsamt lançait sa grande campagne de précarisation à la mode lavage de cerveau libéral nommé "Ich AG". AG, c'est un peu comme SARL.
Ich AG, c'est l'entreprise individuelle dont vous êtes le héros.
Bref, cette campagne de Ich AG, c'était dire aux chômeu-ses/rs, "prenez vous en main ! créez votre activité ! sortez de ce modèle archaïque du salariat (et des protections collectives) !". Bref, pour la Arbeitsamt, ça voulait dire, sortir des gens du chiffre du chômage, en leur disant, si y'a pas de boulot, c'est de votre faute, c'est parce que vous vous vendez pas assez.
Voilà, alors quand on veut pas travailler pour un patron (voir pas travailler tout court), y'avait quand même quelques niches si on arrivait à faire croire qu'on voulait lancer son activité. "Existenzgründung" qu'il/elles appellent ça ! En gros, créer son existence parce que si on est pas sont propre patron, on existe pas...
Lorsque j'ai donc évoqué mon envie débordante de devenir libéral, la réponse m'a quelque peut surpris : "je crois qu'ça va pas être possible". "Ah bon ? Pourquoi ? C'était pas la politique de votre boite avant ?" "Si, mais là y'a une loi qui devrait être signée dans les prochains jours pour changer radicalement, parce que ça marche pas." C'est bête, mais ça fait plaisir à entendre que le libéralisme, ça marche pas, et que leur stratégie de merde a échouée... Bon, c'est pas forcément un changement pour des jours meilleurs, mais un petit recul idéologique, c'est toujours ça de pris.
Je ressortirai finalement avec un contrat que je ne dois pas signer, avec l'obligation de chercher du travail par tous les moyens, de mettre à jour mon profil de compétences sur leur site dans les 8 jours, et d'envoyer un petit rapport par e-mail 2 mois plus tard.
Voilà déjà 4 mois de passés, 2 rapports envoyés par E-mail, et toujours pas de contrat de travail.
Comme ma conseillère ne comprend pas grand chose à l'informatique, elle m'envoie régulièrement des annonces pas tout à fait ciblées. La dernière en date : support téléphonique en français pour Windows. Comme je ne comprend rien à Windows, c'est assez plaisant de répondre à ce genre d'annonces en montrant ma motivation.
À mesure des mois, je commence à développer des stratégies relativement efficaces pour être sûr de ne pas me faire inviter à un entretient d'embauche, malgré une magnifique lettre de motivation.
La première solution (développée par accident), consiste simplement à envoyer une lettre de motivation sans CV. Parfois, les ressources humaines sont très gentilles, et vous envoient donc un petit mail pour vous signaler votre erreur. Dans ce cas, une petite semaine avant d'envoyer le fichier manquant suffit généralement à ne pas être rappelé.
Une autre solution consiste à prendre la qualification centrale de l'annonce, et formuler sa phrase sous la forme "Même si je n'ai jamais eu d'experience avec blablabla, je suis sûr que mes autres compétences dans truc-bidule-chouette vous intéresseront". Plus le truc-bidule-chouette est loin du blablabla, mieux ça marche.
À côté de mes activités en lien avec l'arbeitsamt, je me suis pris de passion par l'étude du marché du travail dans le domaine de l'informatique. Et bien c'est assez intéressant, mais ça sera pour une prochaine fois. En attendant, je retourne profiter de la vie !