vendredi 27 avril 2012

Agences de recrutement

En cette période de crise, de chômage massif, il semblerait que dans ce beau pays qu'est l'Allemagne, le capitalisme manque de gens qui savent bidouiller des ordinateurs, et/ou qui veulent travailler pour lui.

Alors bon, comme je sais faire un peu ce genre de trucs, et bien on me contacte souvent pour me proposer des boulots.

Par accident, j'ai réactivé mon CV sur un gros site de CV. C'était juste histoire de le mettre à jour, mais au final, ça m'a permis de découvrir une espèce étrange de la biosphère capitaliste : les agences de recrutement.

En gros, c'est l'externalisation du recrutement. En bon langage capitaliste, on dit "outsourcing". On fait confiance à ses agences pour faire la présélection de candidats, et on les paye grassement pour ce magnifique travail. En moyenne, 3 mois du salaire de la future main-d'oeuvre.

Pas de risques pour les ouvriers, ce genre d'agences les concerne peu. Par contre, pour les "travailleu-ses/rs qualifiés", c'est un bon buisiness. En moyenne, j'ai reçu 1 coup de fil par jour pour me proposer de magnifiques occupations. Comme je suis joueur, je me suis un peu pris au jeu, et je suis allé rendre visite à quelques entreprises par ce biais.

Moi, ça me coûte rien d'aller jouer pendant 1h au bon travailleur, et voir jusqu'à quel point je peux demander des choses, pour au final ne vouloir prendre le boulot, et e-lles/ux ça leur coûte des sous.

Une des offres qu'on m'a faite m'a finalement plût. C'était pour un boulot à plein temps, mais en discutant avec les employeurs, j'ai demandé d'en faire un boulot à mi-temps, parceque je vais quand même pas aller bosser 40h par semaine, ça serait pas humain. Il faut dire qu'officiellement, l'arbeitsamt m'a "convaincu" de chercher un travail à plein temps, sans quoi ils réduiraient mes allocations chômage... Alors bon, chacun interprète les règles comme il peut. Ma stratégie, c'est de demander un très gros salaire et un très grand nombre de jours de vacances, pour ensuite pouvoir dire, sinon, je peux bosser à mi-temps. Bref, revenons en à nos moutons. Être employé à mi-temps, alors qu'on a été trouvé par une agence de recrutement, c'est leur faire perdre de l'argent. Et oui, ils/elles tablaient sur 3 mois de salaire plein, et se retrouvent avec la moitié de rentrée d'argent. Pas très alléchant. Après ma négociation, j'ai donc créé une vague de panique chez mon recruteur, qui voyait les biftons se faire la malle... Coup de fil dès le lendemain pour m'expliquer que je devrais travailler plus, pour gagner plus, parce que c'est pas avec un demi-salaire que je vais pouvoir vivre. C'est gentil de s'inquiéter pour moi. Bon, comme j'avais un rendez-vous pour un autre job dans cette agence de recrutement le lendemain, j'ai eu droit à une petite discussion avec mon recruteur. Au bout d'un moment, voyant que je restais sur mon "20h, ça me suffit pour vivre", il m'a quand même avoué que pour lui, c'était un manque à gagner un peu trop gros. Alors pour éviter que je pourrisse son chiffre d'affaire avec son client suivant, j'ai eu droit à un briefing assez intéressant. Déjà, il y avait eu le mail de préparation, avec des phrase types à placer à différents moments du rendez-vous, mais là il m'a dit "j'arrive après 45 minutes de discussion, et tu ne parles pas du mi-temps avant ça !". Histoire d'être sûr que je sabote pas son plan, il est arrivé et a abordé le thème lui même. Pas de chance, ses clients semblaient intéressés par l'idée. Il tirait un peu la gueule quand ils ont dit "ah oui, on peut aussi faire un mi-temps". Bon j'ai pas eu de nouvelles, je crois qu'il a réussi à placer un plein temps plus juteux... Pas grave, j'en voulais pas de ce taf.

Bon, à côté de ça, il y a les entreprises qui essayent d'entuber les agences de recrutement. Je trouve ça plutôt rigolo quand les capitalistes se tirent dans les pattes entre eux. Un des cas qui s'est présenté à moi, a commencé il y a quelques mois. Une agence de recrutement m'a envoyé dans une boite plutôt intéressante. Finalement je n'ai pas eu le poste, même si l'employeur était intéressé par ma candidature. En fait, je crois qu'ils n'ont recruté personne pour le poste. Par contre, un peu plus tard, ils m'ont contacté directement pour me proposer un poste quelques mois plus tard. La boite en question voulait recruter une dizaine de personnes avec mon profil. Alors plutôt que payer 10fois 3 mois de salaire à la boite de recrutement, ils/elles ont simplement collectionné les CV, pour les recontacter discrètement plus tard gratos. Je passe sur la proposition qui m'a été faite sur laquelle je reviendrai dans un prochain post, mais je suis donc retourné quelques mois plus tard pour un nouvel entretient d'embauche pour un poste. Comme je me souvenais plus trop de la boite qui m'avait recruté à l'époque, j'ai fait un petite gaffe qui a foutu la merde.

Comme toutes les semaines, j'ai reçu un coup de fil d'une des nombreuses boites de recrutement qui m'a maintenant dans sa base de données. Comme j'ai dit, que j'attendais une réponse de cette boite, ils ont capté l'entube en cours. Après ça, j'ai eu droit à 3 coups de fil pour que je leur donne des infos sur pourquoi/comment la boite les a entubé. On rigole pas avec ça. Ça m'a couté le poste je crois, ça aurait été trop cher de me recruter et de devoir leur payer les 3 mois de rab.

Depuis, plus trop de nouvelles de tout ce monde, et c'est tant mieux. Je crois que je me fais doucement radier des bases de données des recruteurs, et c'est bien comme ça.

Arbeitsamt

Voilà bientôt 5 mois que suis officiellement réinscrit au "arbeitsamt". Chez vous, vous l'appelez Paul (Emploi).

Pour mon premier rendez-vous, j'avais voulu faire bonne figure. Quelques candidatures envoyés la veilles de ma convocation (et anti-datées pour donner l'impression que ça fait des semaines que je fais ça), un CV mis à jour (pour éviter qu'on m'envoie dans un camp de rééducation à l'écriture de CV), et je m'étais même lavé les dents, histoire d'avoir l'air de quelqu'un de bien.

Le rendez-vous a été plus facile et sympathique que prévu. Ma conseillère n'a même pas pris la peine de regarder mes candidatures, à refait le dossier complet que j'avais déjà rempli il y a un an avant de partir, et m'a expliqué comment chercher un boulot sur leur site. Super.

L'une des stratégies que j'avais préparé pour "plaire à ma conseillère", c'était de dire que je voulais devenir "indépendant", bosser à mon compte quoi. Pour bien comprendre cette stratégie, il faut revenir quelques années en arrière. En 2008 je crois, cette même administration qu'est l'arbeitsamt lançait sa grande campagne de précarisation à la mode lavage de cerveau libéral nommé "Ich AG". AG, c'est un peu comme SARL.

Ich AG, c'est l'entreprise individuelle dont vous êtes le héros.

Bref, cette campagne de Ich AG, c'était dire aux chômeu-ses/rs, "prenez vous en main ! créez votre activité ! sortez de ce modèle archaïque du salariat (et des protections collectives) !". Bref, pour la Arbeitsamt, ça voulait dire, sortir des gens du chiffre du chômage, en leur disant, si y'a pas de boulot, c'est de votre faute, c'est parce que vous vous vendez pas assez.

Voilà, alors quand on veut pas travailler pour un patron (voir pas travailler tout court), y'avait quand même quelques niches si on arrivait à faire croire qu'on voulait lancer son activité. "Existenzgründung" qu'il/elles appellent ça ! En gros, créer son existence parce que si on est pas sont propre patron, on existe pas...

Lorsque j'ai donc évoqué mon envie débordante de devenir libéral, la réponse m'a quelque peut surpris : "je crois qu'ça va pas être possible". "Ah bon ? Pourquoi ? C'était pas la politique de votre boite avant ?" "Si, mais là y'a une loi qui devrait être signée dans les prochains jours pour changer radicalement, parce que ça marche pas." C'est bête, mais ça fait plaisir à entendre que le libéralisme, ça marche pas, et que leur stratégie de merde a échouée... Bon, c'est pas forcément un changement pour des jours meilleurs, mais un petit recul idéologique, c'est toujours ça de pris.

Je ressortirai finalement avec un contrat que je ne dois pas signer, avec l'obligation de chercher du travail par tous les moyens, de mettre à jour mon profil de compétences sur leur site dans les 8 jours, et d'envoyer un petit rapport par e-mail 2 mois plus tard.

Voilà déjà 4 mois de passés, 2 rapports envoyés par E-mail, et toujours pas de contrat de travail.

Comme ma conseillère ne comprend pas grand chose à l'informatique, elle m'envoie régulièrement des annonces pas tout à fait ciblées. La dernière en date : support téléphonique en français pour Windows. Comme je ne comprend rien à Windows, c'est assez plaisant de répondre à ce genre d'annonces en montrant ma motivation.

À mesure des mois, je commence à développer des stratégies relativement efficaces pour être sûr de ne pas me faire inviter à un entretient d'embauche, malgré une magnifique lettre de motivation.

La première solution (développée par accident), consiste simplement à envoyer une lettre de motivation sans CV. Parfois, les ressources humaines sont très gentilles, et vous envoient donc un petit mail pour vous signaler votre erreur. Dans ce cas, une petite semaine avant d'envoyer le fichier manquant suffit généralement à ne pas être rappelé.

Une autre solution consiste à prendre la qualification centrale de l'annonce, et formuler sa phrase sous la forme "Même si je n'ai jamais eu d'experience avec blablabla, je suis sûr que mes autres compétences dans truc-bidule-chouette vous intéresseront". Plus le truc-bidule-chouette est loin du blablabla, mieux ça marche.

À côté de mes activités en lien avec l'arbeitsamt, je me suis pris de passion par l'étude du marché du travail dans le domaine de l'informatique. Et bien c'est assez intéressant, mais ça sera pour une prochaine fois. En attendant, je retourne profiter de la vie !

C'est fini les vacances ?

Tiens, vous êtes encore là ?

Moi j'étais allé me promener depuis que je me suis séparé de mon dernier emploi. Et je dois dire, c'était une bonne idée.

J'avoue, je ne vous ai pas vraiment trop tenu au courant, après avoir posé ma démission, et avoir sorti les tongues du placard... J'ai eu un petit peu la flême de reposter des nouvelles sur ce blog. Bref, seul-es les fidèl-es audit-rice/eurs de Radio Sterni on eu l'occasion de savoir que je m'étais fait la belle.

Mais bon, chassez le salariat, il revient au galop...

Me revoilà donc dans un autre état du salariat : le chômage.

Pour les connaisseu-se/rs, je suis au "ALG 1", soit en version longue "Arbeitslosen Geld 1" (le premier niveau de chômage, qui s'oppose au 2ème niveau, qu'on appelle donc ALG 2 (ou Hartz IV), et qui se rapproche quand à lui plus du RSA français, vous avez tout compris ?).

Voilà donc quelques mois que je me suis réinscrit au chômage, afin de toucher l'assurance du même nom, histoire de vivre plus confortablement en faisant des choses qui me plaisent. Mais bon, l'État n'est pas si généreux, il ne rend cet argent que sous conditions. Une des conditions, c'est de chercher un autre travail, pour pouvoir participer à la croissance du pays. Youpi !

Alors bon, comme je vais pas être payer à rien foutre, je vais reprendre un peu ce blog, pour vous raconter la merveilleuse histoire de Marcel, à la recherche (ou pas) du travail perdu.

Comme avant (et si ils/elles me le permettent!), je ferais des petits billets sonores pour mes camarades de Radio Sterni

à bientôt sur ce blog !

Marcel

jeudi 13 mai 2010

Télé-Banquier

Il y a de cela un mois, l'un de nos patrons envoyait un mail très évasif à tou-tes les salarié-es. Des visiteu-ses/rs seront dans nos locaux demain. Pas plus de détails. Bien, on a l'habitude, et ça doit pas être trop important si on a pas de détails. Mais bizarrement, le lendemain, c'était une équipe de télé complète qui était présente pendant toute la journée. Un caméraman, un prenneur de son, 5 ou 6 autres personnes courrant derrière.

On aura pas plus d'informations dans la journée. La secrétaire nous parlera de "l'équipe de télé". Bon, ça semblait finalement assez standart qu'une télé poubelle s'intéresse à une entreprise poubelle. À l'époque où je regardais les informations télévisées, et bien il y avait souvent des reportages dans des entreprises pour montrer leur super nouvel aspirateur révolutionnaire inventé par le super entrepreuneur régional. Bref, j'ai fait gaffe de pas passer devant la caméra, et les patrons ont fait gaffe que je ne passe pas devant. Au moins, il devait y avoir consensus là dessus.

Mais voilà, aujourd'hui, un patron vient donc nous voir avec un DVD entre les mains. "Vous pouvez le convertir en fichier vidéo et le mettre sur le serveur de fichier" ? Entre nos mains attérit donc le précieux DVD. Sur la jaquette : le logo de la Commerzbank. Le sous titre est encore plus beau : "La reprise en temps de crise : sans crédit ?"

Naïf, je me dis que notre patron veut sûrement nous initier au réalisme économique par un nouvel outil pédagogique pour les masses, fourni par les banques elles-mêmes. Parceque oui, qui mieux que les banque pourrait expliquer au populo les règles suprèmes qui régissent le monde. L'église a fait son temps, les banques la remplacent lentement. Dans les deux cas, les règles sont imuables.

Mais bon, je m'égare. Au dos du DVD est précisé sa durée : 3 minutes 20. Un peu court pour faire de l'initiation à l'économie de marché... Le doute s'installe. En insérrant le DVD dans le lecteur, tout s'illumine. La première image est un collègue tourneur-fraiseur à sa machine.

Le choc est brutal. L'équipe prétenduement télévisée pour laquelle certain-es salarié-es ont accepté d'être filmé à leur poste de travail est en fait commandé par la banque, qui fût l'origine des mesures scélérates dans la boite il y a plus d'un an. Je le rappelle souvent, mais c'est important, alors voilà le rappel des faits.

Décembre 2008, le mois de travail est déjà bien entammé, la crise financière est à la une de tous les journaux, les patrons convoquent une réunion de tou-tes les salarié-es, et annoncent que la Commerzbank a une clause du contrat de crédit lui permettant de retirer son prêt de 2 Millions d'euros si le bilan financier de l'entreprise pour 2008 est dans le rouge. Conclusion des patrons, il faut que le bilan soit positif, et comme il ne reste que 15 jours avant la fin de l'année, la solution simple consiste à ce que tou-tes les 80 salarié-es renoncent à leur salaire du mois en cours, et continuent à travailler gratuitement pour sauver l'entreprise. À l'exception de Marcel, tou-tes ont fait le geste. C'est beau la solidarité avec une banque.

On apprendra dans le mail annonçant la vidéo, que celle-ci a été diffusée devant plus de 100 grosses pointures de l'Allemagne. Le secrétaire d'état, des gros patrons/banquiers, des députés, quelques ministres, ...

C'est intéressant de voir la transparence de la communication. On nous informe que notre trogne aurait pu être vu par un ministre après coup. En même temps, l'équipe de tournage a bien pris soin de n'interviewer aucun-e salarié-e. Parceque bon, ça fait bien un patron au milieu des ouvriers qui discute avec un banquier, mais faudrait quand même pas que les populos ouvrent leur gueule.

Le montage est digne de la plus belle propagande. Un patron et le banquier se promènent dans les couloirs de l'enteprise, discutent l'air détendu (mais on entend pas ce qu'ils se disent). Le banquier, que personne n'a jamais vu à part les patrons fait semblant de saluer les salarié-es à travers les portes ouvertes. On le voit même entrer dans le bureau des informaticiens comme si il était chez lui. Parce oui, c'est un banquier proche des travailleu-se/rs, qui est à l'écoute des petites gens !

Quand on arrive à faire bosser 80 personnes gratos pour s'assurer des profits maximum, c'est vrai qu'on peut quand même considérer les employés comme ses sujets et les bureaux comme son royaume... Le retour du servage par voix de banquier.

On apprendra au cours des interviews, que malgré la crise, l'entreprise est en croissance. De 80 avant la crise à 50 salarié-es aujourd'hui, il serait bon de réviser les cours de math de 4eme.... Mais bon, c'est vrai que le patron gonfle un peu les effectifs, devant la caméra. C'est peut être simplement la preuve qu'il ne sait pas compter. Sinon, mon patron préféré expliquera aussi que la croissance de l'entreprise est limité parce que les banques n'ont pas le droit de lui donner assez d'argent. Encore une saloperie de réglementation qui empêche la libre entreprise à faire sauter ! Et moi qui avais cru que l'entreprise ne pouvait pas croitre, parcequ'elle avait été mal gérée... merci à la pédagogie en DVD !

Les patrons nous ont toujours pas bien expliqué les bénéfices d'une telle mascarade, mais ils précisent que le fait d'avoir accepté cela permet d'améliorer le travail futur avec la banque. La commerzbank est une banque humaniste. Rappelons quelques faits. En temps de crise, elle investit massivement pour soutenir la guerre en Afghanistan, il y a quelques semaines, elle manipule les élections de son conseil d'entreprise pour évincer des délégués du personnel trop ennuyeux. Ces derniers temps, on a remarqué qu'elle s'était plutôt bien engraissée sur le dos de la crise en Grèce.

Elle devrait se souvenir, que là bas, les banques, on les brûle

lundi 26 avril 2010

Manager syndical

Depuis la démission d'un de mes collègue, je me suis découvert un nouveau métier. Je ne sais pas si ça existe déjà, alors j'ai trouvé un nom pour ça : "manager syndical". Certes, on est pas lié à un syndicat, mais je trouve ça rigolo de reprendre le concept très néo-libéral du "manager personnel" qui permet à chacun-e de savoir se vendre au mieux, dans le secteur de la lutte des classes.

Le travail consiste donc à faire du conseil personalisé pour affronter au mieux la hierarchie et la direction dans sa vie de tous les jours. Bon, j'ai pour l'instant un seul client et il a démissionné, mais voilà que je viens d'être replongé dans mon rôle de manager...

Pour des raisons obscures, mon collègue démissionnaire n'a toujours pas été remplacé. Il semblerait qu'aucun-e personne compétente ne se soit présenter pour le poste. La personne embauchée pour le remplacer n'a pas survécu à la première semaine. J'ai pas eu le temps de le connaitre, et on aura eu aucune explication trop détaillée. Tant pis. Ça fout la merde dans le service, et c'est rigolo à regarder. Si on prend pas soin de ses salarié-es et bien on fini par le payer.

Bref, le poste est vacant, et le collègue démissionnaire a téléphoné à notre chef la semaine dernière pour avoir sa lettre de recommendation. De fil en aguille, et en l'absence des conseils de son manager syndical personnel, mon feu-collègue à expliqué à mon chef que son nouveau travail n'était pas si formidable que ça, et ils sont arrivés à l'idée d'un retour chez papa. Pas con, mon chef à entamé la négociation en lui présentant cette perspective comme si il s'agissait d'une faveur qui lui serait faite. "Si tu es gentil et que tu nous donne la réponse dans 2 jours, et bien on pourrait songer à te reprendre. Mais aux conditions que tu avais avant." Sachant que le feu-collègue est parti officiellement parcequ'il était payé au lance-pierre, et que son nouveau boulot est payé 30% de plus pour moins d'heures de travail, ça fricotte déjà limite avec l'insolence. Mais bon, comme dit, "ils ne sont grands que parceque nous sommes à genoux.", et parfois mon feu-collègue est plutôt à genoux...

J'ai donc eu le privilège de réaliser un support téléphonique d'un type particulier, de 2h ce week-end. La Hotline-Marcel en quelque sorte. Mon feu-collègue me présentait donc sa stratégie : répondre à toutes les attentes du patronat et de la hierarchie, pour pouvoir avoir la chance d'être repris. Un autre salarié auquel il avait parlé et connaissant un peu le caractère de cochon d'un des patrons, et son habitude à tout prendre personnellement, lui conseilla même de l'appeler directement pour lui dire qu'il avait fait une erreur en démissionant afin de l'amadouer... Au final, j'ai essayé de lui montrer qu'il était en posistion de force et qu'il pouvait négocier, et imposer ses règles et son tarif. Comme je connaissais un peu sa tendance à se coucher devant la pression, et à groner après, je lui ai proposé d'envoyer un mail avec ses conditions, plutôt que de téléphoner... Après 2 heures de discussion, on est passé de la position rampante à la position à genoux. Belle progression ! Je lui avait conseillé de ne pas appeler avant 18h, histoire de voir si ils allaient l'appeler, et de montrer que finalement son nouveau travail n'est pas si mal, et que c'est lui qui veut bien consentir à faire une faveur à la boite en revenant.

Bon, aujourd'hui me voilà bien désavoué en manager. Certes, je le savais, mais quand même !. Mon feu collègue à appelé mon chef au petit matin. Résultat, mon chef nous a présenté pendant le meeting hebdomadaire la situation à sa manière. "X est parti essentiellement pour avoir un plus gros salaire, et il idéalisait les autres boites. Maintenant il veut revenir pour travailler dans les mêmes conditions qu'avant. Il a beaucoup de chance que son remplaçant n'ait pas tenu longtemps, donc on peut lui offrir la chance de revenir parmis nous ! Notre boite est quand même formidable !". Voilà. Effet garanti. La preuve vivante de la supériorité des conditions de travail chez nous doit tous nous éblouïr. Si jamais cette idée sogronue trotait dans la tête de certain-es, la voilà éradiquée !

Après avoir informé mon disciple des quelques nouveautés je me risque tout de même à quelques nouveaux conseils avant qu'il n'appelle le patron. Nouvel échec. L'argument est répété, le patron énervé. On lui fait une fleur si on le laisse revenir, et faudrait qu'il commence à comprendre. On ne négocie pas la charité !

Les LIPs avaient bien raison : "le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui !". Dommage que tant de monde l'ai oublié.

dimanche 28 mars 2010

Ça grogne à table...

Après plus de 2 ans de boite, je n'étais jamais sorti manger avec des collègues. Voilà qui est fait.

Je ne sais pas exactement pourquoi la sociabilisation est difficile pour moi dans cette entreprise. Est-ce que c'est moi qui refuse de me sociabiliser par le travail, pour me protéger des methodes de management qui font usage du copinage entre collègues pour surexploiter chacun-e de nous ? Est-ce simplement que les collègues que j'ai ne sont pas sympas ? Est-ce que je suis devenu tellement parano que je n'ose parler à personne du boulot de peur que ça soit un-e allié-e de la direction ?

Voilà donc que pour fêté la dernière livraison d'un produit auquel j'ai collaboré, les collègues qui étaient investi-es dans ce projet ont décidé de faire une petite bouffe pour fêter ça. En temps normal, je n'y serais pas allé, mais là, hors mis un collègue que je ne porte pas dans mon coeur, c'était en grande partie des gens qui m'avait exprimé leur soutien dans ma lutte il y a quelques temps. Manger avec eux/elles a été du plus grand intérêt.

Ma dernière petite provocation de la direction lors de la réunion de tout le personnel a plû à un collègue, qui a trouvé intéressant que la direction s'emporte et s'énerve contre moi, car ils ne s'étaient pas préparé à cette question. J'ai appris par la même que l'un des patrons qui m'avait alors pris à parti en s'énervant avait depuis toujours cette facheuse tendance à prendre toute critique personnellement et à vouloir virer les personnes qui ne lui plaisent pas.

Au fil de la discussion, j'ai appris qu'une partie des salarié-es de la production sont assez révolté-es de ce qui leur arrive : ils/elles ont été mis-es au Kurzarbeit tout l'été, puis chargé-es d'heures supplémentaires non-payées et souvent non-récupérées pendant tout l'hiver. En plus de ça, les dernier-es à avoir été embauché-es ne disposent que du minimum légal en terme congés payées, soit 24 jours/an. Ayant eu l'occasion de voir un jour un tableau récapitulant toutes les congés de tout le monde, j'ai pu voir que cela variait "à la gueule du client" entre 24 jours et 32 jours. Vivent les protections collectives !

J'ai pu ensuite apprendre un peu que nombres d'acquis qui étaient jadis accordés aux salarié-es ont disparus. Plus de prime de noël, moins de vacances, moins de salaire, plus de temps de travail... Gardons le en tête, un acquis social, ça se perds si on ne lutte pas.

On a un peu parlé de monter un Betriebsrat (Conseil d'Entreprise) pour qu'enfin les salarié-es puissent avoir des informations et avoir un moyen de pression, mais aucun-e ne semble vouloir prendre la peine de s'y pencher plus que ça. Affaire à suivre !

On a aussi parlé de la hierarchie dans la boite et de l'autoritarisme de certains chefs. Il semblerait que l'informatique ne soit pas la seule touchée par ce cancer. Ça fait malgré tout du bien de se sentir un peu moins isolé parfois...

En tout cas, si un jour ça explose enfin, je pense qu'il y aura un potentiel assez gros vu la rencoeur accumulée qui ne s'est jamais exprimée ouvertement... on peut être rêveur...

Confiance

Lorsque l'on est parachuté dans un milieu étranger, un réflexe assez basique de survie consiste à établir des liens de confiance. C'est un peu l'élément nécessaire pour se sentir bien.

Dans un milieu partiellement hostile, créer des alliances et pouvoir se fier à elles est important. Dans l'entreprise c'est assez essentiel, et c'est pour ça qu'avoir un syndicat, ça aide. Mais au delà de ça, avoir des bonnes relations entre collègues, et savoir en qui l'ont peut avoir confiance est essentiel. Là où je travaille, je n'y arrive que rârement. Quand je suis arrivé, j'ai essayé de trouver qui pourrait éventuellement sembler "à gauche". C'est pas forcément un travail évident. Beaucoup laissent des signes extérieur de gauchisme (ils/elles arrivent en vélo, avec le TAZ sous le bras, sont végétarien-nes, mangent bio, ...), mais sont en réalité pas foncièrement des allié-es possibles (par exemple un de mes patrons), simplement parcequ'ils ont une relation à leur travail qui est trop personnelle ou aveuglante. Ensuite, certaines personnes très discrettes, ou à des postes "pas de gauche" (par exemple le département achat ou marketing) peuvent se révéler des meilleurs allié-es de part leurs relation moins fusionelle avec leur travail.

Depuis mon embauche, tout le jeu à été de réussir à identifier ses alliés sans avancer trop de pions, pour ne pas risquer de dévoiler des informations à l'employeur par le biais d'un-e salarié-e trop zélé-e qu'on aurait provoqué pour tester. J'avoue que sur ce domaine, j'ai des progrès à faire.

Le fait est que mes quelques éclats publics depuis que je suis salarié ont construit une relation de confiance silencieuse dans l'autre sens. Des salarié-es me font confiance pour ne pas collaborer avec la direction si le cas se fait sentir. J'ai eu la première illustration pratique de cela il y a quelques temps.

Un collègue informaticien généralement très discret et très introverti est venu me voir alors que je bossais tout seul dans une salle. Il avait envie de causer des conditions de travail. Après quelques minutes de discussion sur ce qui pourrait être amélioré pour son sort, il m'avoue timidement en chuchottant qu'il songe à démissionner. Il a d'ailleurs une proposition pour un autre travail payé 30% plus, mais il doit donner sa réponse le lendemain.

Pour la première fois en 2 ans, je suis allé boire des coups avec un collègue pour discuter du travail. Ça fait du bien de se sentir utile. Après quelques bières, la confiance s'établie et les langues se délient. Ingénieur diplomé, il est payé comme un technicien, ne supporte pas l'autoritarisme du chef, n'a pas vu l'ombre d'une augmentation et trouve les patrons voleurs. Il m'expliquera ensuite que certain-es salarié-es qui sont employé-es depuis prêt de 10 ans n'ont jamais vu l'ombre d'une augmentation. Ça donne des perspectives tout ça...

Je suis sans doute la seule personne de la boîte à qui il n'ait jamais parlé de ça. Ça fait du bien de se sentir utile.

Il a fini par choisir de démissionner, avec en tête que ça apprendra aux chefs/patrons à traiter leurs employé-es comme ils le font. Continuez comme ça chers patrons, vous vous mordrez bientôt les doigts.

samedi 27 mars 2010

Les salarié-es vu-es d'en haut

D'une manière générale, on considère que l'esclavage à été aboli et que c'est une bonne chose dans l'évolution de l'humanité. J'aurais tendance à être assez d'accord avec ce principe bien-pensant, mais parfois, je me demande à quel point il a été aboli. Surtout quand j'observe l'animal étrange qu'est mon patron dans son environement naturel : les couloirs de l'entreprise.

Alors certes, la relation officielle entre lui et ses sujets s'appelle "salariat", mais parfois ça laisse songeur. On connaissait le principe de la "secrétaire particulière" (à disposition permanente et unique de son patron), et autres assitant-es à plein temps (j'entends par là 24h/24), et bien je crois que ça manque à l'un de mes partron, parcequ'à défaut d'en avoir un-e, il considère certain-es salarié-es comme tel-le.

Depuis des mois que je l'observe, j'ai pu observer la manière dont il utilise mon collègue pour ses problèmes personnels.

Il y a quelques temps, il lui a donc confié la tâche de préparer un ordinateur portable de notre stock de vieux ordinateurs pour son usage personnel. Et comme si cela ne suffisait pas, il a également confié à ce dernier la tâche d'aller faire ses courses, car Monsieur à besoin d'une webcam avec cet ordinateur portable. Ça va sans dire que la configuration du bouzin doit également être réalisé par le collègue dans ses heures de travail. Comme si ça suffisait pas, dans le forfait on trouve aussi la formation aux outils adaptés. "Tiens, regarde voià comment tu vas pouvoir faire du chat érotique avec ta femme quand tu es en déplacement aux frais de la boite !"

Quelques semaines plus tard, un autre patron récupérait aussi à titre privé un ancien ordinateur portable de notre stock, -licences des logiciels comprises-, pour son usage personnel. À nouveau, mon collègue a dû interrompre ses occupations, pour préparer l'engin pour le lendemain.

De manière assez régulière, il nous est également demandé d'aller choisir un disque dur, un vibromasseur usb, ou tout autre accessoire en relation avec les ordinateurs privés de la direction, pendant nos heures de travail.

Un peu après Noël, l'un des patrons qui s'était payé un nouvel appareil photo numérique est venu dans mon bureau affolé. Opération d'une priorité absoule. Il avait malencontreusement effacé ses vidéos HD de noël où son petit bout-de-chou ouvre ses dizaines de jolis paquets cadeaux. Il me fallait donc faire une opération de sauvetage de données pour que ce souvenir d'un noël radieux soit sauf. Je suis sûr que les vidéos de noël des ouvrié-eres de la production n'étaient ni en HD, ni aussi longues. Mais bon, elles avaient sûrement moins de valeur. Après avoir travaillé au mi-temps imposé pendant 6 mois, leurs enfants ont du avoir moins de cadeaux...

Je ne sais pas si on peut qualifier ça d'un abus de pouvoir ou d'un détournement de biens, mais en tout cas, la prochaine fois qu'un patron viendra m'expliquer qu'une nouvelle mesure scélérate proposée est à prendre en compte non pas pour eux, mais pour la santé de la boîte, je crois que je le verrai encore un peu plus amèrement...

mardi 23 mars 2010

Quand la résistance est médicale...

Je n'aime pas les patron-nes, vous l'aurez bien compris. Par contre, il y a aussi pas mal d'autres choses que j'aime pas. Parmis elles, les consultation chez le médecin. À la base, essentiellement parcequ'ils/elles servent de mac au pharmacien-nes, qui nous filent des médocs inutiles quand un bon grog et 3 jours à glander seraient bien plus efficaces.

Mais bon, le système de sécurité sociale nécessite l'obtention d'un joli papier du médecin pour pouvoir faire l'usine buissonière. À la bonne heure. Jusqu'à maintenant, j'ai toujours limité mes absences maladie à une journée pour éviter d'aller voir un médecin. C'est accepté par mes patrons qui sont gentils^Wcalculateurs, et qui savent que c'est moins cher d'être absent 1 jours sans ordonnance, que 1 semaine avec.

Cette fois-ci, un défaut de fabrication m'a demandé un petit contrôle technique par un professionnel. Dans la pratique rien de bien grave, juste besoin d'économiser un peu mes mouvements.

Après une description de 40 secondes des symptômes et de la cause de cette douleur, le médecin m'a demandé si 3 jours d'arrêt maladie me convenaient. J'aurais presque trouvé ça un peu trop, mais bon, c'est elle le médecin ! Un renvoi vers une specialiste, et je ressors avec une belle ordonnance : m'acheter des nouvelles chaussures ! J'aurais simulé, ça n'aurait pas coûté plus.

Cette expérience à un peu changé mon préjugé des médecins. Ils s'approchent à mon sens plus des travailleu-ses/rs socia-les/ux que des dealers de médocs. Face à e-lles/ux, des gens victimes d'une précarisation de plus en plus forte et de conditions de travail de plus en plus mauvaises, qui en l'absence de mouvements sociaux forts pour régler ces questions, la règlent à un niveau individuel par le biais des médecins. Pour beaucoup, le simple fait d'aller voir un médecin et de simuler une douleur est déjà le symptôme du stress généré par le travail, et de ce fait légitime l'obtention d'un arrêt maladie.

Dans ma boite, toutes les personnes embauché-es depuis les dernières années ont un nombre de jours de congés par an très proche du minimum légal. Et ça, peu importe leur âge. Dans cette situation, des parents ne peuvent partir en vacances en été avec leurs enfants, que si ils n'utilisent aucun jour de vacances dans le reste de l'année. La seule solution pour éviter la folie où la dépression deviennent les congés maladie.

Qu'on ne vienne pas me parler d'abus du système de santé. Les parasites dans l'histoire c'est les patrons. Moins ils donnent de congés payés, plus l'état de santé de leurs salarié-es nécessite des arrêts de travail payés par l'assurance maladie. Bon calcul, on externalise le coût des congés dûes. Comme beaucoup de travailleu-ses/rs sociaux, les médecins résistent avec les outils à leur disposition. Merci à e-lles/ux.

mardi 16 mars 2010

Pour la beauté du geste

La réunion trimestrielle que les patrons organisent pour nous "informer" de l'état de santé de la boite vient de se passer.

Ce coup-ci, j'étais d'humeur conflictuelle étant donné ce qui vient de se passer dans la filiale, ou plutôt dans la feu-filiale. J'ai rien n'a gagner, mais finalement ça reste le dernier endroit où j'ai le temps de faire un peu de propagande et de "travail politique", étant donné que je n'ai pas le temps de militer à l'extérieur vu que je vends mon temps et mon énergie à la boite.

Bref, comme d'habitude on a eu droit à du blabla, des courbes qui montent et qui déscendent, et quelques blagues vaseuses. Ne vous inquietez pas, la situation semble bonne, on a fait plus de ventes que l'an dernier, et pas mal d'économies. Super, je me réjouis. Comme d'habitude aussi, au milieu de leur joli PowerPoint, une demi page évasive sur le sujet à évincer : la filiale. Une petite ligne pour expliquer la réduction des effectifs au minimum : 2 personnes "pour l'instant". Il restera un bureau là bas, et l'entreprise continuera en son nom à exister avec un obscure financement de la région...

Le poisson se noit bientôt dans une quantité de nouvelles informations et autres courbes. Vient enfin le temps des questions, que j'attendais avec impatience. Alors quelques questions peu problématiques, et je me lance pour revenir sur lla question qui m'est chère : la filiale. En essayant d'être naïf, je demande "vous avez écrit que les effectifs ont été réduits à 2 personnes pour l'instant. Elles font quoi ces 2 personnes, et ça veut dire quoi ce 'pour l'instant' ?". J'en profite pour rappeler les faits : "Je suis un peu surpris, y'a 6 mois vous nous dites que vous virer 15 personnes parcequ'ils/elles sont mauvais-es, et qu'il resterait un petit noyau dur de 4 personnes super motivé, et 10 jours après avoir dégagé le dernier, et bien le reste saute aussi". Réponse obscurentiste comme d'habitude : "La région a arrêté de financer le projet soudainement, donc on ne pouvait plus survivre". Étrange, en même temps, la perspective de financer une boite qui a virer 80% de ses salarié-es, c'est pas forcément bandant pour la région. Mais bon, ça n'a sans doute rien à voir...

Bref, pas de réponse sur combien de temps il restera à ces 2 personnes. Un collègue demande quand même : "et si elles partent, elles seront remplacés ?". Un oui est marmoné, pas très convainquant.

Je reviens avec ma naïveté et je demande : "Quand vous avez acheté la boite, c'était pour développer ce nouveau produit en particulier. Maintenant, il nous reste le nouveau produit et les brevets de l'ancienne boite et plus aucun salarié. Ça aurait pas été moins cher d'acheter juste les brevets ?". Bon camoufler ça comme question naïve ne trompe pas grande monde, mais ça à l'avantage d'être suffisement insolent pour provoquer le débat... L'explication qui a suivit est assez jolie. Enfin, elle a le mérite d'avoir fait dire des choses. "On est pas dans un Krimi-économique comme on voit à la télé!". "On est pas une méchante boite qui a acheté une autre, volé sa technologie et viré tout les salariés !". Non non, mais dans la pratique, ça ressmemble quand même à ça. Il nous reste les clients, la technologie, les brevets, et pas de salarié. Alors pour se défendre, on me sort quand même "Ils étaient tellement mauvais qu'on a rien gardé de leur technologie !". Intéressant ! Les patrons ont fait le choix d'investir dans une boite de mauvaise qualité, sans même avoir pour objectif de voler sa technologie, c'est quand même un choix de merde d'un point de vue pûrement économique. Mais bon, ils me le répètent : non, non, non, ça n'a pas été une OPA hostile ! Juste le hasard, et ça nous a couté des sous !. Et les patrons sont des bons princes, les personnes qui ont perdu leur boulot sont tous des ingénieurs diplomés, ils n'auront pas de soucis pour retrouver ! Et c'est pour nous, les salariés de la maison mère qu'ils ont fait ce choix, pour que nous ayons du travail ! Merci Papa !

On suivit quelques questions d'un salarié qui aimerait bien récupérer quand même son salaire qui manque depuis 1 an. "On essayera de vous payer fin 2010 si tout va bien". Si ils touchent leur thune en 2012, le champagne aura eu le temps de refroidir !

Devenir sous-chef

Dans un précédent post, je parlais d'un problème de hierarchie, et du côté absoluement désagréable de voir un petit lêche-cul premier de la classe vouloir jouer au chef avec moi.

Apparement, cela ne déplait pas à tout le monde. En tout cas, mon chef lui aime ça. Un petit arriviste bien docile qui se tue à la tâche et prends des initiatives pour commander les autres, c'est beau, ça lui ressemble, donc il est de bon ton de le chouchouter. Bref, il y a 2 semaines mon chef a profité de notre réunion hebdomadaire, pour nous faire part du fait qu'il avait nommé le petit nouveau "chef technique" d'une partie du département informatique. Le processus pour choisir de donner cette responsabilité au dernier arrivé est assez typique du focntionnement de la boite : L'arbitraire du chef à parlé. Que cela serve d'exemple, plus on se sacrifie pour l'entreprise, moins on réclame de récupérer ses heures supplémentaires, plus les chances d'évolution sont grandes. Histoire de tout de même rendre justifiable cette promotion soudaine, notre chef procèdera prochainement à des entretients salariaux avec les autres informaticien-nes "prochainement". Je ne sais pas bien comment les informaticien-nes se retrouvant sous la "direction technique" alors qu'il ont 3 à 10 ans d'ancienneté de plus le prennent, mais moi, je n'aurais pas forcément été très content si il était devenu mon chef de cette manière...

Mais qu'on se rassure, le chef supérieur a précisé que ce poste ne donne pas de responsabilité envers les autres informaticien-nes. Voyons ce que cela donne en pratique.

Un peu plus d'une semaine s'est écoulée depuis cette nomination, et les traces de dents rayent déjà le parquet des salles de réunion. Le titre fraîchement obtenu à donné une sensation de pouvoir au sous-chef, qui dépasse largement ses affectations officielles. Pour pouvoir prendre la mesure des chevilles, rien ne vaut une bonne réunion hebdo. Hasard absoluement formidable pour l'étude socio-psychologique de notre cas, le chef de service était malade le jour de la réunion suivant la nomination. Cela arrive de temps en temps. Selon l'urgence et la période de maladie du chef, les réunions étaient jusqu'alors déplacées ou une personne était chargée de l'animer en l'abscence du chef. Le résultat que j'avais observé jusqu'alors était une ambiance nettement plus détendue, une réunion durant moitiée moins de temps, où l'atmosphère de contrôle imposé par le chef avait disparu. Bref, une réunion agréable. Mais voilà, l'horizontalité informelle et la relation à peu prêt égalitaire qui existait entre collègues, malgré les différences d'âge et d'ancienneté à disparu cette semaine. Face à l'atmosphère détendue des participant-es, j'ai pu remarquer rapidement un rabas-joie la ramener. Je crois que le but était de confirmer son nouveau statut aux collègues. Et pour cela, rien de tel que la reproduction comportementale. Même posture, même genre de réthorique, questions incistantes aux collègues expliquant leur travail avec comme seul but de les déstabiliser, même si le sujet en question ne l'intéresse pas, blague du genre "tu n'as pas grand chose à faire ? on va réussir à te donner du travail !" et j'en passe.

Le summum de la reproduction est arrivé quand je présentais mon travail de la semaine passée, en expliquant un peu la situation d'une problématique intéressant potentiellement tout le monde. "On en parlera après la réunion si tu veux bien". Me voilà donc "convoqué" autoritairement par le sous-chef, exactement de la même manière que le fait mon chef lorsque je l'ai trop fait chier et qu'il veut régler un conflit. Si il avait été là question d'un thème relativement urgent, j'aurais pu éventuellement comprendre la nécéssité d'en parler après la réunion. Mais rien de tout ça. Un projet là depuis 6 mois, qui sera là pour 6 mois encore et dont la priorité est vraiment ridicule. Le but de "convoquer" cette discussion après la réunion était juste une manière de montrer son pouvoir. À la fin de la réunion, je me lève pour me barrer et il me dit "reste voir qu'on discute de ce projet". J'ai beau lui dire qu'il n'y a rien de neuf, et que cette réunion n'avancera en rien le problème, il insiste. Comme un autre collègue reste aussi, je me lance, juste pour jouer...

Au final, une réunion inutile, où l'on a parlé de rien, pris aucune décision, et où mon activité à consisté à sortir des vannes à chaque phrase du sous-chef et à parler au chien pendant qu'il me parlait. Au moins maintenant, je n'ai plus à avoir le complexe de la bienscéance nécessaire entre collègues, parcequ'il est passé de l'autre côté !

vendredi 12 février 2010

Du noyau dur au trou noir

Du noyau dur au trou noir, il n'y a qu'un pas. La direction de ma boite vient de le franchir.

Mes lect-rices/eurs fidèl-les se souviennent de la courte histoire de notre filiale. Pour les infidèl-les, voilà un résumé.

  • Une petite entreprise conçoit un produit similaire aux notres avec une vingtaine de salarié-es. Elle possède des brevets sur une technologie prometteuse.
  • Il y a un peu plus de 2 ans, mon entreprise la rachette. Peu importe les kilometres, les salarié-es de cette filiale entrent dans la grande famille.
  • 1 an après, la crise débarque, et la direction oblige les salarié-es à bosser gratos pour sauver l'entreprise. Les employé-es de la filiale ne le voient pas du même oeuil. Les fourbes n'ont pas le sens du sacrifice ! La direction organise donc leur isolement pour l'abattage.
  • En 1 an, 16 salarié-es disparaissent pour arriver à "un noyau dûr" de 4 personnes développant un nouveau produit pour nous. La direction nous explique que les autres étaient mauvais-es, alors que ce noyau dur est motivé et compétent ! La filiale refait son entrée dans la famille, avec un effectif diminué de 80%.
  • Le dernier salarié de la première purge ayant quitté le navire fin janvier, le noyau dur est enfin au complet. 4 salarié-es.

Aujourd'hui, 12 jours après la fin du contrat du dernier de la purge, un sous-chef que je porte dans mon coeur (celui qui avait expérimenté autrefois le harcèlement moral sur moi), m'appelle et me dit "On fait quoi pour la filiale ?". Ne comprenant pas de quoi il cause, il décide de venir nous expliquer le problème dans notre bureau. "Vous savez j'imagine qu'on a décidé de fermer la filiale ?". Mon collègue et moi tombons sur le cul. Ça fait des semaines qu'on bosse à organiser des questions informatiques pour les survivant-es, et voilà qu'ils disparaissent aussi.

Comme les bureaux coutent trop cher pour 4 personnes, et bien les salarié-es surivant-es vont devoir travailler de chez eux à partir de la semaine prochaine. Enfin, travailler... Nos patrons au grand coeur leur laissent 1 mois pour qu'ils écrivent des lettres de motivation et qu'ils trouvent un autre boulot. C'est gentil. Le sous chef nous dit avec un espèce de sourire géné "bon, pour X c'est un peu un problème, sa femme vient de le quitter, et il n'a plus de maison, donc les problèmes de l'entreprise sont le dernier de ses soucis". C'est sûr, quand on est dans la merde dans sa vie, perdre son dernier pilier qui permet d'assurer sa survie, c'est le dernier de ses soucis....

Bientôt, ils comprendront que moi aussi, l'entreprise est le dernier de mes soucis.

jeudi 10 décembre 2009

Noël

Noël c'est la joie, les familles unies, le moment de l'harmonie et de la réconciliation des petits conflits.

C'est comme ça dans toutes les familles un poil sous influence catho. C'est un moment "sacré", et on a pas le droit de le gâcher.

Aujourd'hui, il y avait la fête de Noël de l'entreprise. C'est moins impressionnant que l'an dernier, mais il faut dire que les petites disputes de famille ne sont pas du même ordre... Comme les patrons n'ont pas grand chose à se faire pardonner cette année, et qu'il faut montrer qu'on continue à serrer la ceinture, et bien la petite fête a été limitée cette année à un peu de vin chaud et un buffet dans la grande salle de réunion. "Dans l'intimité" pour ainsi dire. Car c'est vrai, rien ne vaut l'intimité et la chaleur du foyer pour fêter Noel.

Bizarrement, cette fête de Noël n'enchante pas. Une collègue me voyant assis à mon bureau à finir des petits trucs en retard me demande "Tu n'as pas envie de fêter ?". Le problème n'est pas tellement que je n'aime pas noël, mais plutôt cette fête me rappelle celle de l'an dernier. Flash back.

Début décembre 2008, chacun-e se prépare à fêter noël, dans la joie et la bonne humeur, dans la douceur de son foyer. La neige recouvre l'Allemagne, les lumières en forme de petit jésus, d'étoile et de père noël commencent à illuminer la ville... Tout allait bien... Nous étions préparé-es à une grande fête de noël d'entreprise incroyable, préparée en secret par les patrons (et la secrétaire), et ce dans quelques jours seuelement.... Mais voilà, la veille de la date fatidigue, une réunion de tout le personnel est convoquée pour le lendemain après-midi. J'y allais les mains dans les poches en m'attendant à un truc chiant d'auto-satisfaction. En bon cancre, je m'installe au fond de la salle, près de la porte, et du radiateur, en regardant passivement les courbes qui montent et qui décendent. Soudainement, un mot chatouille mon oreille : "crise". Mais bon c'est la saison et on l'entends 100 fois par jour à la radio... Mais là, après avoir énuméré l'ensemble des économies entreprises depuis quelques mois pour améliorer la situation, nos patrons présentent les "mesures" pour 2008 et 2009. Là mon oreille se dresse. Les 2 mesures phare pour 2008 sont présentées : renoncer à toutes ses vacances en reste (elle ne seront ni payés, ni déplaçable à l'année suivante), et renoncer à son salaire du mois en cours. L'objectif de cette entourloupe : présenter un bilan positif à une banque, pour qu'elle ne retire pas son prêt et qu'elle soit heureuse. Et pour fausser un bilan, il faut faire les économies dans l'année comptable, qui finit le 31 décembre. Histoire de s'assurer d'une totale réussite de cette opération, la signature est nécessaire le lendemain matin, empêchant toute reflexion collective sur une solution alternative. À la question "si on refuse ?", la réponse est claire "on devra se séparer de vous". Chacun-e rentre chez elle/lui affolé-e par la nouvelle.

La nuit suivant la réunion, je décidais de ne pas signer ce papier de renoncement, et d'expliquer mes raisons par voie de mail à l'ensemble des salarié-es. Peine perdue, les 80 autres salarié-es rendaient leur copie dans les 2 jours suivant, acceptant ainsi de travailler gratuitement pendant 1 mois, pour faire plaisir à un banquier. Le lendemain j'étais devenu la bête noire. Les gens ne s'approchaient plus vraiment de moi, de peur d'être repéré comme un soutient à celui qui fout la merde dans notre fraternelle entreprise. Aucune réaction fût pire qu'un bon conflit ouvert. J'attendais le soir et la fameuse fête de noel pour enfin avoir quelques réactions de soutient.

Cette fête de Noël aurait fait un épisode de Strip-tease d'une qualité remarquable. L'ensemble des salarié-es passant une soirée open-bar dans un centre de "sport de plage d'intérieur". La masse salariale séparée en 4 équipes -un patron dans chacune-, pour une soirée jeux de plage à la club-med. Tire à la corde, et autres débilité qu'on imagine dans les bronzés. La différence, 80 personnes viennent d'offrir 1 mois de salaire à leurs patrons. Pas trop une raison de se réjouir... Ont suivi 2 bonnes semaines de harcèlement moral pour tenter de m'obliger à signer un renoncement de salaire "par solidarité avec les autres salarié-es".

Alors bon, non j'ai pas trop envie de fêter avec eux/elles ce soir.

lundi 30 novembre 2009

Flexibilité et répression

Dans les entreprises modernes, on aime la flexibilité. Depuis mon embauche, j'ai entendu ce mot assez souvent.

Il faut être flexible et venir travailler le week-end. Il faut être flexible et faire des heures supplémentaires quand il y a des livraisons urgentes. Il faut être flexible et savoir déplacer ses vacances au bon vouloir des patrons ou des chefs. Il faut être flexible et être joignable par téléphone lorsqu'on est en vacances. Il faut être flexible et accepter de ne pas être payé pour un mois de travail. Il faut être flexible et accepter les retards dans le salaire. Bref, la flexibilité (je dirais même le contorsionisme) et une valeur primordiale de l'entpreprise.

Ayant adhéré avec joie aux valeurs de l'entreprise en signant mon contrat de travail, j'ai depuis dévelopé mon amour de la flexibilité au sein de cette dernière. Comme il faut être créatif et avoir un sens de l'initiative dans le monde merveilleux du libéralisme, j'ai introduit une nouvelle flexibilité à la liste ci-dessus. Celle d'arriver à l'heure qui me plaît au travail, et cela de manière sinusoïdale entre 12:00 et 14:00. Mais voilà, étrangement, cette flexibilité ne plaît pas à mon chef. Alors ça fait un moment que ça le dérange, et que j'ai droit à des réunions en tête à tête pour parler du problème.

La première stratégie a été la menace du chômage "Il ne faudrait pas que ton accident de reveil se transforme en accident de chômage". Ne voyant pas forcément la perspective du chômage comme quelque chose de négatif, ça n'a pas vraiment fonctionné. À vrai dire, ça à eu l'effet inverse. Réaction basique à l'autorité...

La deuxième phase a consisté à "médicaliser" cette flexibilité. "Tu devrais consulter pour tes problèmes de sommeil". "Tiens, lis donc cet article, ça explique comment devenir un lève-tôt". Nouvel echec. C'est vrai que la flexibilité salariale est une pandémie capitaliste, mais bizarement, celle-ci ne doit pas se faire soigner...

Aujourd'hui, la troisième phase a commencé. Après avoir bien étudié mon cas, mon chef a décidé de s'attaquer à quelque chose d'important pour moi : mes vacances. Il m'a donc proposé que tout retard après l'heure de 11:30 soit compté en tant que vacances. C'est pervers. N'approuvant absoluement pas la mesure, mais n'ayant pas grand pouvoir dans la décision, j'ai négocié 2 points. L'heure limite est déplacée à midi, et ne seront comptés en tant que vacances que les retards non prévenus. Si j'appelle à 11h59 pour dire "j'arrive à 13h", et bien la mesure ne s'applique pas. Malgré cette négociation, j'ai fait comprendre à mon chef que cette mesure s'appliquait sans mon consentement.

Dans la mesure où je peux prendre des congés sans solde, cette mesure pourrait finalement se transformer en réduction choisie du temps de travail... À suivre !

Pendant l'entretient, comme d'habitude, sont apparues quelques petites perles. Expliquant sans trop en faire, que ma matinée avait été un peu chaotique, entraînant mon arrivée à 13h30 j'ai eu droit à un "Le chaos de ta vie privée n'a pas à influencer ton travail.". Chiche? La prochaine fois qu'une livraison urgente viendra jouer la corde de la flexibilité, j'irai lui dire "le chaos de l'entreprise n'a pas à influencer ma vie privée". On vera ce que ça donne.

Pour finir, une petite phrase qui m'a fait sourire : "Parfois c'est pénible d'être ton chef". Peine partagée. C'est pénible d'avoir un chef...

vendredi 13 novembre 2009

Hierarchie ?

Je n'aime pas la hierarchie. Ça, mes patrons commencent à le comprendre, et mon chef aussi. Finalement, je pense que toute la hierarchie "officielle" de l'entreprise à compris que toute expression ouverte de son autorité avait des conséquences négatives sur ma productivité et ma collaboration avec les intérêts capitalistes de l'entreprise. Mais depuis peu, je me suis retrouvé confronté à une nouvelle forme d'autoritarisme inattendu. Celle du petit lêche-cul qui veut devenir sous-chef.

C'est une forme d'autorité qui est complexe à gérer au premier abord, lorsque l'on veut être solidaire de l'ensemble des salarié-es, dans un esprit marxiste old-school. Mais c'est finalement quelque chose d'assez facile à comprendre dans la logique capitaliste néo-libérale. Chacun-e, dans son esprit d'entreprise individuelle doit niquer les autres et montrer sa superiorité et ses avantages comparatifs. Certes, dans mon cas on a tous les deux un boulot, et pas de concurrence "à priori", mais à l'image des grandes entreprises qui ont réussi, le but c'est de niquer la concurrence, même si elle n'est pas une menace, parcequ'à terme, elle pourraît en devenir une.

Voilà donc comment un collègue inoffensif à priori sort depuis quelques semaines son jeu pervers à chaque occasion. Il s'agit de corriger spontanément mon travail devant notre chef, puis de me donner des tâches qu'il serait bien que je fasse. Un petit peu les basses tâches dont il ne veut pas se charger. Plus pervers encore, il me demande de réaliser des tâches qui sont de sa compétence, pour le seul plaisir de les faire avant que je n'ai eu le temps de m'y atteler, parceque j'ai un autre métier malgré tout.

Entrer dans une guerre froide avec ce collègue, comme je le fais avec ma hierarchie officielle, ça n'est pas forcément la bonne stratégie, car ça me ferait passer de "chieur anti-chef" à "chieur tout court". Ma stratégie sera donc simplement d'entrer dans son jeu jusqu'à ce qu'il se lasse : lui laisser faire tout mon travail. Au bout d'un moment, il finira par arrêter de vouloir me donner des trucs à faire si il se rend compte que ça lui retombe sur la gueule.

Au final, je me demande si il s'agit du syndrome simple du "lêche cul premier d'la classe", ou d'une manipulation perverse de mon chef, qui remarquant mon refus de son autorité, la fait passer par la voix d'un collègue.

Mais pas de bol, peu importe la bouche d'où ça sort, l'autorité n'est pas bienvenue chez Marcel...

vendredi 30 octobre 2009

Réunion trimestrielle ? Rien à branler !

Nous avons eu aujourd'hui la désormais traditionelle "réunion trimestrielle" de l'entreprise. Enfin, nous c'est beaucoup dire, car je l'ai sêché.

C'est pas brillant, et c'est pas comme ça qu'on va construire un rapport de force, mais arriver avec désinvolture avec 45 minutes de retard à LA réunion où tous les chefs sont là, ça a un côté insolent qui me plaît bien. Je sais qu'ils n'y racontent que de la merde en arrondissant les angles, et donc je n'y porte même plus d'importance. J'avoue que c'est stratégiquement mal joué, parceque d'une certaine manière, ça me distancie des collègues qui subissent sans ouvrir leur gueule, mais d'un autre côté, ça me permet de reposer le rapport d'autorité que j'entretiens avec les patrons, et en ce moment c'est plutôt ce côté là qui m'intéresse.

Même si je n'ai pu apercevoir que les 2 dernières diapositives de leur diaporama PowerPoint(tm), j'ai eu le plaisir d'entendre quelques reflexions/explications croustillantes de mes patrons. En voilà une petite selection :

"On a une faveur à vous demander : réjouissez vous quand il y a des commandes !"

Parceque c'est vrai, que comme la moitié de la production est en temps partiel imposé, produire plus dans des délais intenables avec une demi-équipe, c'est pas forcément réjouissant pour les salarié-es, parceque ça veut dire travailler plus, pour rentrer plus tard, et tout ça pour sauver l'entreprise. Mais par cette petit phrase que chacun-e peut comprendre par son sens commun, le patron rétabli l'ordre : le marché est notre seigneur, remercions le de nous donner notre pain quotidien et de la joie qu'il nous procure.

Une autre citation approximative d'un autre patron était

"Les polonais on plein d'argent de l'UE pour des investissements de recherche, et il y aurait de la thune à faire là bas, mais on ne peut pour l'instant pas leur faire d'offre parcequ'ils ont une charte d'acceptation très stricte pour les achats publics. C'est quand même n'importe quoi qu'on ne puisse pas récuperer l'argent de l'UE qui leur est donné pour ces investissements, alors que l'Allemagne injecte beaucoup plus de pognon dans l'UE que la Pologne".

Et hop, ça faisait longtemps que le nationalisme et l'amour du Père-Pays n'avaient pas foutu leur nez dans l'économie. C'est aussi assez intéressant de voir la vision de l'UE qu'a ce patron. Il ne s'agit pas d'un projet politique ou humain, de rapprocher les peuples et tout le blabla qu'on entends à longueur de journée par les journaleu-ses/x, mais il s'agit bien d'un marché. Et quand on envoie de l'argent quelque part, c'est avant tout pour en récupérer d'avantage. Après la Françafrique, la Germanopologne. Ça à l'avantage de ne pas être de la langue de bois au moins.

Je passe les petites blagues d'un goût douteux pour détendre l'atmosphère, et voilà qu'arrive la question de la grippe A sur le tapis. Ça pourrait laisser penser que les patrons sont des blagueurs, mais en fait non. Le message sous-jacent est clair : on n'a pas le temps d'être malade, car il faut produire ! On s'est même vu conseillé de se faire vacciner, pour éviter de diminuer la productivité pour les derniers mois de l'année...

Au final, je sais toujours pas ce qu'ils ont racontés à cette réunion, mais ça doit ressembler à ça : "nous avons vendu des tonnes de produits qui n'exitent pas, donc soyez heureu-ses/x de travailler plus, dans plus de stress, sans tomber malade, car nous devons maintenant les produire pour sortir l'entreprise de la crise (et niquer la concurrence qui elle s'embarrasse de syndicalistes grincheu-ses/x !).

mercredi 23 septembre 2009

Le foyer entrepreuneurial

Pour ceu-x/lles qui n'auraient pas encore bien compris en quoi le foyer et l'entreprise sont des structures sociales bien similaires régies par le patriarcat, j'ai eu un sujet d'étude formidable qui illustre quelques points rigolos.

Chez nous, l'entreprise doit devenir notre famille. Ça peut prendre plusieurs niveaux selon l'engagement de chacun-e, mais ça commence au minimum avec les fêtes d'anniversaire de tout le monde, puis les visites chez les un-es chez les autres, les vacances communes, pour aller vers du mariage inter-salarié-e et de la production d'enfant certifiées par l'entreprise (idéalement conçus sur place). Bref, tout ça pour dire, ici on ne rigole pas avec "la famille".

Comme dans toute bonne famille qui se respecte, il y a des fêtes de famille, ça permet de faire mieux connaissance avec les cousin-es de la comptabilité, de jouer au frisbi avec les enfants du patron, et de rencontrer les dépendances des gens ayant une vie privée en dehors de la famille, et qui sait, de faire peut être créer des nouvelles relations incestueuses... Mais comme rien n'est gratuit, il faut mériter sa petite fête.

Cette année, les patrons ont organisé une journée "grand nettoyage" de l'entreprise. Ça à l'air sympa comme ça, ça permet de faire autre chose que la tâche pour laquelle on est spécialisé, et ça mets tout le monde sur un pied d'égalité... Oui mais... Comme qui dirait, il y en a qui sont plus égaux que d'autre. La hierarchie existante (mais souple, version "startup") est effectivement un peu réduite ce jour là... Pour affirmer des hierarchies bien supérieures :

- les femmes nettoient les parties communes, l'éponge dans une main, le spray décapant dans l'autre. Les frigos où les hommes laissent moisir leurs fruits pendant des mois ont été héroïquement nettoyés par les femmes "tout naturellement". - Les hommes qui travaillent dans les bureaux ont détruit pendant ce temps les documents inutiles qu'ils entassent dans leurs armoires - Les patrons, après avoir peut être fait le ménage de leurs photos sur leurs ordinateurs portables sont venu faire quelques tours de "contrôle qualité" au milieu des salariés nettoyant la merde accumulée les X dernières années. C'est vrai que le costard noir et les raybans, c'est pas pratique pour nettoyer le filtre du lave vaisselle...

Après plusieurs heures d'intense nettoyage, nous sommes donc tou-tes allé-es faire un pic-nic/barbecue dans le parc d'à côté. Les hommes transportent les tables et les bières, les femmes la vaisselle et les salades. Une petite musique de la petite maison dans la prairie, et on s'y croirait presque. Une fois tout sur place, les hommes font le feu en buvant des bières, les femmes installent le buffet et les décorations. C'est beau comme une peinture. Histoire de vraiment rentrer dans les clichets, les patrons s'allument des cigares...

Le/La prochain-e qui me dit que le capitalisme n'est pas lié au patriarcat a le droit de se mettre un cigarre de mon patron dans l'anus (avant que je ne le remettre discrètement dans sa boite...).

Histoires de salaires (1)

Ici, nos patrons et nous avons une relation assez classique en apparence, dans le cadre du travail salarial. Au delà des histoires de cul, on a des histoires de salaires.

Je vais laisser de côté les histoires de cul pour une prochaine fois, parce que les histoires de salaires vont déjà prendre un petit moment (certainement plusieurs chroniques) et sont certainement bien plus excitantes...

Mes lect-rices/eurs fidèles l'auront certainement remarqué, j'ai souvent évoqué sur ce blog des "mesures scélérates de sortie de crise". J'y reviendrai dans un prochain billet, mais il s'agissait déjà d'une des premières "affaire de salaire" de ma boite. En substance, nos patrons ont demandé à leurs salarié-es en décembre dernier de renoncer à leur salaire du mois, en continuant à travailler gentillement, le tout pour transformer un mauvais bilan en un bilan positif, et faire jouïr les bourses de la banque qui leur prête des sous-sous. C'est donc prouvé par la pratique de notre entreprise, le salaire est la variable d'ajustement la plus efficace pour faire plaisir aux marchés... Enfin, une variable, mais qui ne varie en pratique que vers le bas. Mais je m'égare, et revenons en à nos saute-moutons.

Cette première "affaire de salaire" fût également mon vrai dépucelage salarial. Et bien ça fait mal, le viol comme première expérience, c'est pas idéal pour continuer à aimer ça. Certes, je me suis défendu à grand coups de pieds dans les bourses, mais ça laisse un souvenir amère quand les agresseurs reviennent à la charge. Au final, j'ai été le seul salarié à ne pas accepter de travailler gratos, et à ne pas renoncer à son salaire. Résultat, je sème la zizannie au service comptabilité !

Comme je ne suis pas un gros flambeur et que je touche plus de pognon que j'en dépense, et bien je ne fais plus trop gaffe à mes finances. Cela dit, je me suis mis à contrôler un peu mes fiches de paye et les virements qui avaient été réalisés sur mon compte il y a quelques jours, à la base, pour voir combien de jour de congé sans soldes avaient été déjà retirés avant la mise en place de leur retrait automatique... Et bien c'était plutôt une bonne idée. Je me suis donc rendu compte assez rapidement qu'il valait mieux aller dire bonjour à la banquière pour qu'elle confirme qu'effectivement, il manquait un salaire. Bon, j'ai mis 4 mois pour m'en rendre compte c'est un léger de ma part, mais le fait reste qu'il manquait l'air de rien, avec le salaire de mars nommé avril, et le salaire de mars réel envolé dans la nature.

En allant frapper aux ressources humaines, le responsable a admis son "erreur" assez rapidement. Quelques jours plus tard, le temps de "tout recontroller" il est revenu en m'expliquant les choses obscures de mes fiches de paye, et en m'apprenant également qu'ils avaient pris 2 jours de congés sans solde en trop au mois de février. Bref, régularisation de la situation.

Un peu facile mes direz vous, et j'avoue que j'ai quelques doutes sur sa bonne foi... mais il est arrivé un élément nouveau.

Hier, l'un des patrons, nous envoie un mail au sujet évocateur "salaires du mois d'Août". Avant même de l'ouvrir, je m'attends à un nouveau retard de salaire. Mais là, oh surprise, c'est différent. Les salaires ont bien été virés, mais... 2 fois au lieu d'une "parce que le logiciel a eu un bug". Le logiciel à bon dos lorsque le problème se situe entre la chaise et le clavier... Il nous demande donc de gentillement rendre les sous-sous à papa, car c'est trop compliqué et trop cher de faire ça via la banque. Rhoooooooo, c'est quand même pas de chance ça ! C'est stupide, mais je pense que cela prouve la bonne foi des ressources humaines vis à vis de mon salaire manquant : ce sont des boulets.

Par contre, je me demande bien quelle comportement vont adopter les autres salarié-es. Finalement, ce salaire de trop, ça n'est que le remboursement de celui qu'on leur a volé en décembre, alors le "rendre" n'a pas vraiment de sens... Si je voulais rééquilibrer la balance, je pourrais le garder 4 mois, parce que bon, celui qu'on m'a payé en retard, j'ai pas vu beaucoup d'intérêts dessus. En tout cas, 4 mois ou pas, ils vont l'attendre encore un peu...

jeudi 20 août 2009

SPD : enfoiré-es

Bon, j'avoue que le titre peut paraître un peu lointain de mon monde du travail, mais vous allez comprendre.

Mon patron préféré a envoyé un mail à tou-tes les salarié-es aujourd'hui, pour nous annoncer des visiteu-ses/rs demain. On commence à être un peu habitué-es, et généralement, ce genre de mail ne contient qu'un simple "comme d'habitude !", puisque chacun-e sait déjà qu'il faut être sourillant, cacher la misère sous le tapis et fermer les portes secrètes.

Mais là, oh surprise, le mail d'information est très long. C'est qu'il s'agit d'un cas exceptionnel, le candidat local du SPD pour le Bundestag vient voir comment se portent les entrepreuneu-se/rs locaux. C'est gentil ! Donc notre gentil patron qui reçoit la visite d'un gentil candidat social-démocrate nous rappelle qu'il n'est pas question que l'entreprise s'affiche comme soutenant un parti quelqu'il soit. Il est juste question d'avoir des contacts haut placés qui "ont une influence non négligeable sur l'attribution des budgets et des marchés publics". Bref, on les reçoit avec le sourire, comme ça ils rempliront le caddie chez nous. N'oubliez jamais, la politique ça sert avant tout à faire tourner la boutique.

Quelques petits détails se rajoutent aux conseils usuels. Il est de bon ton de ne pas parler de nos problèmes à ce politicien, car la presse-bourgeoise qui le suit pourrait en prendre bonne note, ce qui aurait pour conséquence malheureuse de donner des informations à la concurence. Et hop, voilà comment on utilise une clause de confidentialité d'un contrat de travail pour en faire un outil de censure politique. J'avoue, je n'avais pas vu la subtilité en signant mon contrat de travail, et je dois dire que c'est du grand art !

À côté de ça, il est rappelé pour c-elles/ux qui n'auraient pas compris, qu'il est impératif de garder le silence radio sur les mesures scélérates et éviter les questions de "la crise". En même tant, à quoi bon... Parceque n'oublions jamais : les sociaux-traitres ne changeront de toute manière jamais rien à la vie des travailleu-se/rs, alors ça sert donc à rien qu'ils sâchent qu'on en chie... Et puis d'ailleurs, si ils/elles s'en inquiétaient vraiment, ils/elles auraient pris rendez vous avec les salarié-es, pas avec les patrons...

Si il y avait un syndicat dans la boite, on aurait pu faire une petite opération 2 pour le prix d'un : taper sur le SPD et sur les patrons en un seul coup. Mais là, je crois que je n'ai pas trop le courage de m'y lancer tout seul...

En tout cas, pour moi le SPD vient de confirmer dans quel camp il se trouve, qu'il y crêve.

dimanche 2 août 2009

Première visite de la filiale

L'autre jour, moi et mon collègue sommes allés faire un petit tour dans la filliale pour préparer l'extension de notre empire. Le point positif, c'est que 4h de voiture comptent comme du travail, que ça fait prendre l'air, qu'on a pas les chefs sur le dos, et qu'on peut faire un peu de tourisme en même temps.

Le point négatif, c'est que toutes les visites précédentes venant de la maison mère étaient des visites hostiles, et que le contact est difficile même si on est du même côté du salariat... Certes notre visite n'était pas pûrement de courtoisie, mais au moins, on était pas là pour voler la cafetière et les plantes vertes. Bref, on a beau être gentils, c'est difficile d'être accueuilli à bras ouverts.

À l'aller, mon collègue me dis "Le patron m'a appelé hier soir pour me briefer, il a dit qu'on devait s'en tenir à la technique, et éviter de parler de la politique de la boite, car c'est encore un peu sensible là bas..." Étrange ! Moi, il ne m'a pas appelé le patron ! J'y aurais pas pensé par moi même, mais histoire de dissiper tout malentendu, il va falloir parler politique avec les collègues de la bas !

Mon homologue dont je vais voler le travail à finalement démissionné de lui même. Il a pu trouver un boulot intéressant ailleurs, et semblait assez content de fuire le mouroir qu'est devenu la filiale. Même si rien n'a été dis clairement, j'ai cru voir une certaine forme de reconnaissance vis à vis du fait que je l'avais prévenu secrètement de la suppression probable de son poste il y a quelques mois.

L'autre informaticien survivant, dont le contrat a été rompu pour la fin de l'année semblait quant à lui pas désespéré, et plutôt joueur vis à vis de la situation de merde. Les autres ont pas étés très locaces. La méfiance règne, et elles/ils ne sont dûpes que la purge n'est pas terminée.

Bref, arrive le moment du repas. L'avantage d'une petite boite qui est en train de se faire laminer, c'est que les salarié-es ne se surexploitent plus trop, et qu'aller tout-es ensemble manger à midi, et bien ça fait parti des petits plaisirs qu'il reste quand on sait pas si on touchera son salaire à la date prévue. Par contre, avoir des taupes au repas de midi ça sême le trouble. Hors mis les 2 informaticiens, peut être plus au courant de ma relation avec les patrons, les autres salarié-es étaient plutôt distant-es. Finalement, en amenant l'air de rien une discussion sur les "grèves à la française", un peu plus stressantes pour les patrons, l'un des informaticiens a sorti, c'est vrai que le patron chez nous il est un peu stressé par un français !

Y'avait un petit sourire satisfait quand il a dit ça, c'est toujours ça de pris.

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